Je suis sans abri. Ce n’est qu’en le vivant qu’on prend la mesure du sens de cette expression.

Cela fait maintenant plus d’un mois que je suis parti, et si le stress que ça génère a un peu diminué, ça reste ma principale angoisse. Un abri, c’est un lieu qui permet de survivre. De préserver son existence en protégeant son corps contre les menaces qui peuvent survenir lorsque l’on dort : froid et violence. Lorsque l’on en a pas, on est vulnérable. Je ne parle pas là d’une vulnérabilité réfléchie, mais d’une vulnérabilité animale, que l’on ressent physiquement dans ses tripes, La crainte de terminer la nuit par l’attaque soudaine et définitive d’un prédateur pendant le sommeil.

Trouver et choisir un abri, c’est une compétence à part entière. Un oeil à travailler, apprendre à repérer les endroits qui protégeront :

  • du froid et de ses facteurs aggravants, la pluie et le vent. Mal isolé, on peut mourir de froid par 18°C.
  • des agressions physiques humaines. L’idéal étant d’être à la fois caché pour réduire le risque, mais pas dans un endroit trop isolé pour permettre de fuir ou d’appeler de l’aide.
  • des agressions physiques animales. Problème que je n’ai pas pour le moment.

Et avec suffisamment d’imagination et d’originalité pour ne pas être rejoint par une autre personne à la recherche d’un abri, mais qui pourrait profiter de l’occasion.

Au fur et à mesure que les nuits se cumulent, je développe cette compétence et je prends confiance en ma capacité à trouver un endroit. Aujourd’hui, je ne m’en préoccupe plus avant le crépuscule, mais au début, la peur de se retrouver sans abri potable au soir captivait mon attention une bonne partie de la journée. Et certaines expériences comme à Spiez où je n’ai pas trouvé d’abri m’ont montré à quel point ne pas avoir d’abri peut mettre dans une situation précaire. Dormir dans un abri de mauvaise qualité est déjà un problème, car le stress que ça génère réduit beaucoup la qualité du sommeil. Automatiquement, le stress maintient le corps reste en alerte, le moindre bruit suffit à se réveiller, ainsi que la moindre variation de température. J’ai l’impression que c’est un mode de fonctionnement normal du corps, méconnu car rarement sollicité dans notre société occidentale.